L’animal, sentinelle oubliée
Aujourd'hui je vais vous parler de violence.... mais pas celle que vous croyez. Une fois n'est pas coutume, nous allons nous écarter du registre habituel d'un site d'éleveur - chatons vraiment trop mignons et conseils pratiques -, pour aborder un sujet de société profondément préoccupant.
Hier, un article publié par Libération, dans le cadre d’un dossier sur les violences conjugales, a retenu mon attention. Intitulé « Décryptage « Une seule violence » : femmes, enfants et animaux en danger, même combat ? », il soulève une question cruciale : et si la maltraitance animale était le symptôme d’un mal bien plus large ?
Saviez-vous que la violence envers les animaux ne s’arrête presque jamais à l’animal ? En France, les études et les témoignages de terrain le confirment : quand un animal est maltraité au sein d’un foyer, un enfant ou sa mère sont souvent en danger. Et inversement. Ce lien, aujourd’hui nommé « Une seule violence », a été au cœur d’un colloque organisé à Paris en mars 2023, réunissant vétérinaires, psychiatres, juristes et associations pour en décrypter les mécanismes.
Des chiffres qui parlent
- 67 % des enfants ayant une mère battue ont aussi été témoins de violences sur leur animal de compagnie (McDonald, S.E., Graham-Bermann, S.A., Maternick, A., Ascione, F.R., Williams, J.H. - 2015).
- En 2019, une enquête française menée auprès de 12 000 adolescents a révélé que 7 % d’entre eux avaient volontairement blessé un animal. Parmi eux, ceux qui harcelaient aussi leurs camarades étaient moins empathiques et plus violents.
- 52 à 54 % des femmes victimes de violences conjugales subissent ou craignent des menaces sur leur animal de compagnie, utilisé comme moyen de pression par leur agresseur
Des exemples concrets en France
Lors du colloque « Une seule violence » (Paris, mars 2023), des professionnels ont témoigné :
- À Bobigny, un enfant de 5 ans a été victime de zoophilie de la part de son père (témoignage de Martine Brousse, La Voix de l’Enfant).
- Dans le Val-d’Oise, des vétérinaires ont dû réaliser des prélèvements sur un chien utilisé pour violer sa propriétaire (témoignage de Stéphanie Coupel, vétérinaire).
- Sur le terrain, gendarmes et policiers interviennent régulièrement dans des foyers où les animaux sont victimes ou témoins de violences conjugales, subissant un stress traumatique (témoignage de Vincent Fernandez, officier de police judiciaire).
Que dit la loi ?
La France a fait des progrès :
- Depuis 2021, les vétérinaires peuvent lever le secret professionnel pour signaler des actes de maltraitance animale au procureur.
- Les Cellules de Recueil des Informations Préoccupantes (CRIP) doivent désormais évaluer la situation des mineurs en cas de condamnation pour maltraitance animale dans leur foyer.
😿
Pourquoi en parler ?Parce que protéger les animaux, c’est aussi protéger les humains. Les associations comme l’AMAH, 30 Millions d'Amis ou Animal Cross le martèlent : un animal maltraité est un signal d’alarme.Les enfants, souvent plus à l’aise pour parler des violences subies par leur chat ou leur chien que par eux-mêmes, peuvent ainsi alerter sans le savoir. |
Et nous, que faire ?
- Ne pas minimiser les paroles d’un enfant qui raconte des violences sur un animal.
- Signaler : En France, les vétérinaires, enseignants et professionnels de santé ont un rôle clé. Les signalements peuvent être faits auprès des CRIP, de la DDPP (Direction Départementale de la Protection des Populations) ou directement au procureur.
- Soutenir les associations qui luttent contre les violences intra-familiales et animales.
| Pourquoi ? Historique (créée en 1845), apolitique, et active dans la lutte contre la maltraitance animale, y compris en lien avec les violences familiales. | Action concrète : Signalement des cas de maltraitance, éducation, et collaboration avec les autorités. | |
| Pourquoi ? Association de référence pour la protection animale en France, connue pour ses enquêtes et son plaidoyer juridique. Bien que centrée sur les animaux d’élevage, elle dénonce aussi les violences en général. | Action concrète : Sensibilisation, lobbying pour renforcer les lois, et soutien aux victimes de violences (humaines et animales). | |
| Pourquoi ? Reconnue d’utilité publique, elle agit pour le bien-être animal et finance des refuges. Elle aborde aussi la question du lien entre violences animales et humaines. | Action concrète : Campagnes de sensibilisation, soutien aux refuges, et éducation. | |
| Pourquoi ? Spécialisée dans l’accueil des animaux victimes de maltraitance, elle travaille en réseau avec les associations de protection de l’enfance et des femmes. | Action concrète : Prise en charge des animaux en danger, et partenariats avec les CRIP (Cellules de Recueil des Informations Préoccupantes). | |
|
|
Pourquoi ? Association engagée contre la zoophilie et la zoopornographie, elle collabore avec les autorités pour dénoncer les liens entre ces crimes et les violences sexuelles sur mineurs. |
Action concrète : Signalement des cas de zoocriminalité, et plaidoyer pour une meilleure prise en compte de ces violences. Leur président, Benoît Thomé, a souligné que 2/3 des cas de zoophilie concernent aussi des affaires de pédophilie. |
| Pourquoi ? Association historique de protection de l’enfance, elle aborde aussi la question des animaux comme co-victimes des violences familiales. | Action concrète : Signalement, accompagnement des enfants victimes, et plaidoyer pour une approche globale des violences intra-familiales. |
Pour aller plus loin :
Replay du colloque « Une seule violence », 17 mars 2023, Paris, amah-asso.org
Fondation Droit Animal : Enfants et animaux, co-victimes des violences domestiques
Laisser un commentaire