Saviez-vous que l’histoire du chat domestique remonte à 35 millions d’années ?
Entre fossiles rares, ancêtres mystérieux et domestication progressive, le parcours de Felis catus est aussi fascinant que complexe. Plongeons ensemble dans les méandres de la préhistoire féline, des premiers félidés aux chats que nous connaissons aujourd’hui.
🦴 Les origines lointaines des félins
Les ancêtres des félidés, originaires de milieux tropicaux, ont laissé peu de traces fossiles, rendant leurs origines difficiles à retracer. Les premières traces de "chat" remontent à 35 millions d’années avec le Nimravidae, une famille de carnivores aujourd’hui éteinte. Bien loin de nos matous actuels, ces prédateurs marquent le début d’une longue évolution.
Grâce à des enquêtes génétiques, les spécialistes ont identifié le Pseudaelurus — un félin ayant vécu en Asie il y a 11 millions d’années — comme le dernier ancêtre commun de tous les félins modernes. Les reconstitutions artistiques de ce félin, bien que variables, nous offrent un aperçu de ce à quoi il pouvait ressembler.
Le Pseudaelurus aurait ensuite peu à peu colonisé le monde, donnant naissance à de nouvelles lignées au fil du temps.
Cette carte, et la une bonne partie des informations de cet post, sont extraits de la thèse soutenue par Constance GAGNON en 2021, à Lyon, pour l'obtention du grade de docteur vetérinaire - Je ne suis pas spécialiste, mais comme je vois sur internet qu'elle a reçu les félicitations du jury pour son travail, je me dis qu'elle ne raconte pas n'importe quoi donc je n'hésite pas à la citer. Pour la thèse complète, c'est ici : Felis catus: domestication, histoire, évolution génomique
L'Apparition de Felis Catus et sa domestication
Chat ganté, Felis silvestris Lybica
mnhn.fr - Le Felis silvestris lybica, aussi connu sous le nom de chat ganté, se différencie du Felis catus par ses très longues pattes au pelage annelé, ses grandes oreilles et ses coussinets noirs.
🐱 Les premières preuves de domestication
Si l’Égypte antique regorge de références félines (déesse Bastet, momies, peintures murales), les preuves de domestication restent rares ailleurs.
Peinture murale de la tombe de Nakht, “chat sous la chaise
Cercueil de chat (bois stuqué) et momie de chat, Basse Epoque (664-332 av. J.-C.), Musées royaux d'Art et d'Histoire, Bruxelles
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Pourtant, en 2004, des fouilles sur l’île de Chypre ont révélé une sépulture commune datant de 9 000 ans (fin du 9ᵉ millénaire av. J.-C.), associant un humain et un chat (Felis silvestris lybica). Cette découverte suggère un rapprochement volontaire entre les deux espèces.
💬 Selon Jean-Denis Vigne (CNRS, Muséum national d’Histoire naturelle) : « Impossible de dire s’il s’agissait d’un chat de compagnie ou d’un symbole de prestige. Mais cette double sépulture est la marque d’une relation forte, quelle qu’elle soit. » (Le Monde, 9 avril 2004) Cette découverte repousse de 2 000 ans les prémices de la domestication, déjà avérée en Égypte depuis 3 600 ans. |
🧬 Une domestication progressive et atypique
Contrairement au chien, qui vivait en meute avec une hiérarchie claire, le chat était un chasseur solitaire et territorial, au régime quasi exclusivement carnivore. Sa domestication s’est donc faite progressivement, dans une logique de mutualisme :
- Pour l’Homme : un contrôle naturel des rongeurs.
- Pour le chat : un accès à un "grenier à mulots" inépuisable.
🔍 Le saviez-vous ?
Le chat est le seul félin domestiqué par l’Homme. Les tentatives avec des lynx, servals ou même tigres restent marginales et bien loin d’une véritable domestication
Laissons la conclusion à Constance Gagnon qui sur le sujet de la domestication, conclut prudemment : "Les chercheurs ont donc pu affirmer qu’il y a environ 9500 ans, une étape précoce de domestication avait eu lieu à Chypre. C’est en de telles occasions que les possibilités de domestication des chats sont devenues apparentes. Le processus de domestication des chats a probablement été très progressif, conduisant au statut domestique que bien plus tard." p.54
🌍Le Chat à la conquête du monde
Grand chasseur, le chat a contribué à limiter les populations de rongeurs sans s’attaquer à la basse-cour, contrairement au furet ou à la belette. Jusqu’au IVᵉ siècle, les termes pour désigner les chats et les belettes étaient d’ailleurs souvent confondus, rendant leur identification difficile dans les textes anciens. Ce n’est qu’au Vᵉ siècle que le mot cattus (puis Catus) a spécifiquement désigné le chat.
🚢 Une expansion liée aux échanges commerciaux
Malgré l’interdiction d’exportation décrétée en Égypte pendant des siècles, le chat a peu à peu conquis le pourtour méditerranéen, suivant les routes commerciales. On suppose qu’il était particulièrement bienvenu à bord des navires à grains, où sa présence était précieuse pour chasser les rongeurs.
- En Grèce : Les chats (et autres félins) apparaissent dans la peinture et la céramique dès les Vᵉ et IVᵉ siècles av. J.-C.
- À Rome : Les premières représentations datent du Vᵉ siècle av. J.-C., et le chat était bien connu au Iᵉʳ siècle. Son expansion s’est accélérée après la domination romaine sur l’Égypte, lorsque son caractère sacré a progressivement disparu.
🎨 Saviez-vous que les chats étaient déjà représentés dans des mosaïques de Pompéi ?
Mosaïque du chat, Pompéi
🌏 Une diffusion mondiale
En Asie : Des dents de chats vieilles de 6 000 ans avaient un temps laissé penser à une domestication indépendante. Cependant, les recherches génétiques ont confirmé que tous les chats domestiques actuels descendent du Proche-Orient. Si des chats ont été domestiqués en Asie, leur lignée s’est ensuite éteinte.
L’hypothèse la plus probable est que les chats ont gagné l’Asie en suivant les caravanes de la Route de la Soie.
En Europe : Le chat s’est répandu en Gaule (via Massilia), en Germanie, en Hongrie, en Suisse, ou encore aux Pays-Bas.
Dans les Amériques : Les chats sont arrivés avec les colons européens entre 1500 et 1700.
En Océanie : Leur expansion a été lente et progressive à partir des zones portuaires.
Aujourd’hui, le chat est présent sur toute la surface du globe… à l’exception de l’Antarctique !
🧬 La diversification des races
Au fil du temps, les chats ont connu des mutations génétiques variées. Certaines ont disparu, tandis que d’autres se sont fixées au sein de populations, souvent sous l’influence de l’Homme. Les déplacements et les nouveaux écosystèmes (notamment à partir de l’époque romaine) ont favorisé ces changements.
L’Homme a également joué un rôle actif dans la sélection artificielle, privilégiant certains traits (comportementaux, anatomiques ou physiologiques). Ainsi, les caractères primaires de la domestication (absence d’agressivité, maturation rapide) sont communs à tous les chats domestiques, tandis que les caractères secondaires (comme la couleur du pelage ou la morphologie) varient selon les populations.
🐈 Une sélection récente
Exception parmi les mammifères domestiqués, la plupart des races de chats ont été développées au cours des 150 dernières années. C'est surtout à partir du XIXe siècle que les hommes ont travaillé la sélection artificielle et ont, parfois involontairement d’ailleurs, fixé des mutations et modifié des caractéristiques anatomiques, comportementales et/ou physiologiques.
La première exposition féline connue s’est déroulée à Londres en 1871 et ne présentait que 5 races de chats.
A ce jour, le Livre Officiel des Origines Félines - LOOF - en reconnaît 54 alors que The International Cat Association - la TICA - en accepte 73. Quant à l'ensemble des chats "non LOOF" en France - c'est à dire nos bons vieux chats de gouttière -, ils connaissent des modifications génétiques et font preuve d'une grande diversité.
Persan
Sphinx
Himalayen
Chartreux
British Longhair
Ocicat
Et parmi tous ces chats, se trouve notre cher Maine Coon. C'est un chat rustique dont les origines sont mal connues. Aux XVIIIe et XIXe siècles, les standards de races étaient loin d'être fixés comme ils le sont aujourd'hui et dans les écrits et les expositions, ont associait facilement tous les chats à poils longs - chats du Maine inclus - sous le nom générique d'Angora. Ce sont les efforts des éleveurs pour définir et fixer les standards qui ont conduit au Maine Coon tel que nous le connaissons aujourd'hui 😻.
🤺 FAQ – La Pléiade contre les idées reçues💎 « Le chat a-t-il été domestiqué en plusieurs endroits du monde ? »Non, les recherches génétiques montrent que tous les chats domestiques actuels descendent du Proche-Orient. Même si des chats ont pu être domestiqués ailleurs (comme en Asie), ces lignées ont disparu. 💎 « Pourquoi le chat a-t-il mis si longtemps à être domestiqué ? »Contrairement au chien, le chat était un chasseur solitaire et territorial, avec un régime strictement carnivore. Sa domestication a donc été plus lente et moins évidente pour l’Homme. 💎 Quelle est la différence entre un chat sauvage et un chat domestique ?Le Felis silvestris lybica (chat sauvage) a des patte plus longues, un pelage annelé, de grandes oreilles et des coussinets noirs. Le Felis catus (chat domestique) a évolué pour s’adapter à la vie auprès des humains. 💎 Les chats de gouttière sont-ils moins "purs" que les chats de race ?Non ! Les chats domestiques communs (ou "chats de gouttière") présentent une grande diversité génétique et sont tout aussi adaptés à la vie avec l’Homme. Les races sont simplement le résultat de sélections humaines récentes. 💎 Les chats ont toujours été des animaux de compagnie aimés par l’Homme.Pas du tout ! Pendant des millénaires, les chats ont été tolérés pour leur utilité (chasse aux rongeurs) bien plus qu’aimés. En Égypte, ils étaient même sacralisés (et parfois momifiés), mais cela ne signifiait pas qu’ils étaient des compagnons affectueux. Dans l’Europe médiévale, ils ont été persécutés (associés à la sorcellerie). Leur statut d’animal de compagnie choyé est relativement récent (XIXᵉ siècle). 💎 Les chats domestiques descendent des lions ou des tigres.Non, les chats domestiques (Felis catus) descendent du chat sauvage africain (Felis silvestris lybica). Les lions, tigres et autres grands félins appartiennent à des lignées évolutives différentes (sous-famille des Pantherinae), tandis que les chats domestiques font partie des Felinae. Leur ancêtre commun remonte à plus de 10 millions d’années ! 💎 Les chats de l’Égypte antique étaient identiques à nos chats actuels.Les chats égyptiens ressemblaient beaucoup à nos chats domestiques modernes, mais ils n’étaient pas génétiquement identiques. Les études montrent que les chats actuels ont subi des mutations supplémentaires au fil des siècles, notamment sous l’influence de la sélection humaine (ex. races comme le Persan ou le Siamois). De plus, les chats égyptiens étaient souvent plus grands et plus robustes que nos matous d’appartement. 💎 La domestication du chat a été rapide et intentionnelle, comme celle du chien.Faux ! La domestication du chat a été lente, progressive et surtout non intentionnelle. Contrairement au chien, que l’Homme a activement domestiqué pour la chasse ou la garde, le chat s’est rapproché de lui-même des humains pour profiter des rongeurs attirés par les stocks de céréales. C’est une domestication par mutualisme, sans intervention directe de l’Homme au début. 💎 Les chats n’ont pas évolué depuis l’Antiquité.Si leur apparence générale est restée similaire, les chats ont beaucoup évolué génétiquement. Par exemple :
💎 Les chats étaient déjà des animaux sacrés dans toutes les civilisations anciennes.Seule l’Égypte antique a divinisé le chat (associé à la déesse Bastet). Dans d’autres cultures, leur statut variait :
💎 Les chats de race sont plus "naturels" que les chats de gouttière.C’est l’inverse ! Les chats de gouttière (ou chats domestiques communs) sont génétiquement plus proches des premiers chats domestiqués. Les races, elles, sont le résultat de sélections humaines récentes (souvent au XIXᵉ siècle) pour fixer des traits esthétiques ou comportementaux. Certaines races, comme le Persan ou le Bulldog français, souffrent même de problèmes de santé liés à leur morphologie extrême. 💎 Les chats n’ont pas eu d’impact sur les écosystèmes avant leur domestication.Faux ! Même avant leur domestication, les ancêtres sauvages des chats (Felis silvestris) ont eu un impact écologique:
💎 Les chats ont toujours été solitaires, contrairement aux chiens.Les chats domestiques sont effectivement plus indépendants que les chiens, mais leurs ancêtres sauvages (Felis silvestris lybica) vivaient parfois en groupes familiaux (mères avec leurs petits, ou mâles tolérants entre eux). De plus, les chats domestiques actuels peuvent former des colonies (ex. chats errants) et développer des hiérarchies sociales complexes. Leur réputation de solitaire vient surtout de leur comportement de chasseur (contrairement aux chiens, qui chassent en meute). 💎 Les chats n’ont pas besoin des humains pour survivre.Vrai… et faux ! Les chats sauvages (Felis silvestris) survivent parfaitement sans l’Homme. En revanche, les chats domestiques (Felis catus), surtout ceux élevés en intérieur, dépendent de nous pour :
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